Quelques anecdotes… Cheysson sur le vif !

Par Charles Crettien.

NEW YORK. OCTOBRE 1981

Le service de presse et d’information de l’Ambassade de France aux Etats-Unis était installé à New York.  Héritier du « Bureau de la France Libre » créé en 1942 par Charles de Gaulle qui souhaitait  avoir une représentation aux Etats-Unis alors que Washington entretenait encore des relations diplomatiques avec la France de Vichy, ce service avait pour mission d’expliquer par tous les moyens disponibles, presse écrite, radio, télévision, conférences à travers les 50 états, la politique engagée par le Président de la République française.

Nommé Ministre des Relations Extérieures en 1981, Claude Cheysson s’est rapidement soucié de changer le responsable de ce service, non pas parce qu’André Bayens, Ministre Plénipotentiaire, avait failli à sa mission, loin de là, mais tout simplement pour avoir une voix nouvelle, crédible, pour expliquer aux Américains qui, eux, avaient choisi Ronald Reagan comme Président, qui était François Mitterrand et quelle était sa politique.

C’est Alain Savary que je connaissais depuis 1967 qui a conseillé au Ministre de me confier cette mission. Chose faite et, en octobre 1981, je quittais Chicago où j’étais Consul Général pour m’installer à New York.

« Vous connaissez la politique qu’entend mettre en œuvre François Mitterrand. Allez-y. Ne me demandez pas de consignes tous les jours et si ça ne va pas je vous trouverai un successeur… »

Du Claude Cheysson, net et précis !

DETROIT. NOVEMBRE 1982

En tournée dans le cadre de mes fonctions dans le Midwest  j’ai participé à un débat sur le conflit israélo-palestinien au cours duquel j’ai été amené à dire qu’une conférence internationale pour tenter de ramener la paix au Proche Orient n’avait de chance d’aboutir que si l’Union Soviétique y participait.

Le lendemain de ce débat le quotidien « Detroit News » écrivait :
« Un diplomate français affirme que l’Union Soviétique doit participer à une  conférence internationale sur le Proche Orient ».

La position française n’avait jamais été aussi clairement définie en public,  surtout aux Etats-Unis.  J’ai aussitôt prévenu Monique Vignal, conseiller au cabinet du Ministre, de mes propos qui auraient pu être jugés comme prématurés. C’est Claude Cheysson, lui-même, qui m’a rappelé au téléphone quelques heures après :
«  Vous avez eu raison. Je vais d’ailleurs dire la même chose tout à l’heure à la presse »

Compréhension, voire indulgence, d’un grand ministre sûr de sa politique !

Aux NATIONS UNIES à NEW YORK. OCTOBRE 1984

Montant dans l’ascenseur vers la salle de presse nous tombons nez à nez avec le Ministre algérien des Affaires Etrangères : «  Tiens Crettien vous êtes à New York ?… » et à Claude Cheysson : « On n’oublie pas un diplomate arabisant à l’ambassade de France à Alger après l’indépendance… »

Claude Cheysson : « Vous étiez quand en Algérie ? »

«  Dès 1967, c’est Pierre de Leusse qui m’avait fait venir dans son équipe… Vous vous souvenez de de Leusse, cet ambassadeur qui avait démissionné avec fracas de son poste à Tunis pour protester contre l’arrestation de Ben Bella et de ses compagnons… Alain Savary, aussi, avait démissionné. Il était ministre des affaires marocaines et tunisiennes dans le gouvernement Guy Mollet. Vous vous souvenez ? »

Claude Cheysson : « Il y avait eu un troisième responsable à remettre sa démission ! »

« … ? »

Claude Cheysson : « Oui…moi… »

« Ah, Monsieur le Ministre, je ne le savais pas … Ma carrière est brisée !!! »

On pouvait se permettre ce genre d’exclamations avec un Ministre que l’on servait avec enthousiasme.

NEW YORK. OCTOBRE 1984

Pendant son séjour à l’Assemblée Générale des Nations Unies, Claude Cheysson avait été sollicité par une grande chaine de télévision américaine pour une interview à laquelle il accordait, à juste titre, une importance toute particulière.

Installé dans l’antichambre du studio d’enregistrement, avec Monique Vignal et moi, le Ministre s’impatientait devant une attente qu’il estimait trop longue. Ce qui, soit dit en passant, lui arrivait souvent…

Un journaliste était venu nous rassurer : « Nous en avons bientôt fini avec Monsieur Baldwin… »

Claude Cheysson : « Evidemment ce sont toujours les chauves qui gagnent ! »

Cette  traduction  inattendue, voire inhabituelle dans la bouche du ministre, avait déclenché un fou rire parfaitement incontrôlable et nous étions, tous les trois, à tenter en vain de récupérer un peu de calme. Je commençais à m’inquiéter très sérieusement  me demandant  comment, dans ces conditions, allait se passer cette interview…

« Monsieur le Ministre, s’il vous plait, Nous passons dans le studio… »

En un instant, le calme et le sérieux furent de retour.

Claude Cheysson, un grand ministre mais, aussi, un homme qui pouvait être rattrapé par un fou rire  tout simplement bête pour une remarque tirée par les cheveux… C’est ainsi que les hommes vivent…

WASHINGTON. NOVEMBRE  1984

Claude Cheysson, après une réunion chez l’Ambassadeur Vernier Paliez :
« Crettien, j’ai des emmerdes à Abou Dhabi… Je vous fais confiance pour les régler. Je vous ai proposé pour le poste d’Ambassadeur dans les Emirats. »

 Voilà comment le Ministre des Relations Extérieures m’a appris ma première nomination à un poste d’ambassadeur. On ne pouvait que lui faire confiance après une telle définition de ma future mission.

Les « emmerdes » ? Elles étaient de taille… les rétro- commissions dans le contrat de vente de 36 avions Mirage 2000. Je n’ai pu que réamorcer le dialogue avec l’Emir, le contentieux avec Dassault n’a jamais été vraiment oublié jusqu’à nos jours…

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